Où sont passés tous les membres de conseils d’administration ?

Si vous siégez sur un conseil d’administration d’un organisme à but non lucratif, travaillez dans des organisations communautaires ou soutenez le secteur d’une manière ou d’une autre, vous vous êtes probablement posé·e cette question récemment.

Le recrutement des conseils d’administration a toujours été difficile. Aujourd’hui, pour de nombreux organismes, cela semble presque impossible.

Au moment même où les besoins de la communauté augmentent à un rythme vertigineux, où les finances sont limitées, les équipes surchargées, les responsabilités de leadership de plus en plus complexes et où il est difficile de convaincre des professionnel·le·s qualifié·e·s de donner de leur temps pour du bénévolat…

Ce n’est pas parce que les gens ne se soucient pas.
C’est parce que le monde autour d’eux et d’elles a changé.

La réalité à laquelle nous faisons face

À travers le Canada, le bénévolat est en baisse, et le service en conseil d’administration a été particulièrement touché.

Les données récentes montrent :

  • La participation générale au bénévolat a chuté de manière significative depuis la pandémie, surtout chez les adultes en âge de travailler.
  • Les personnes qui font du bénévolat contribuent moins d’heures en moyenne.
  • Les rôles exigeants en temps, comme la gouvernance de conseil, sont de plus en plus perçus comme « trop lourds » à concilier avec des emplois exigeants, des responsabilités familiales et le stress financier croissant.

À cela s’ajoutent :

  • Les longues heures de travail et la disponibilité constante en ligne
  • L’accès limité à la garde d’enfants ou de proches
  • Une visibilité insuffisante sur les opportunités au sein des conseils et sur ce qu’elles impliquent réellement

Et soudainement, siéger à un conseil d’administration — autrefois perçu comme une contribution civique significative — peut sembler inaccessible, intimidant ou tout simplement irréaliste.

Pourtant, le besoin de conseils d’administration solides, compétent·e·s et engagé·e·s n’a jamais été aussi grand.

Avant de recruter : faites une analyse des besoins (cette étape est plus importante qu’on ne le pense)

L’une des plus grandes erreurs des organismes est de recruter avant d’être clair·e·s sur ce dont ils ont réellement besoin. Une analyse réfléchie des besoins permet aux conseils de passer de listes de souhaits vagues (« nous avons besoin de plus de collecteur·rice·s de fonds ») à une clarité stratégique.

Posez-vous ces questions :

  • Quelles compétences manquent autour de cette table ?
  • Où sommes-nous vulnérables en tant qu’organisme — financièrement, légalement, stratégiquement, culturellement ?
  • Quelle expérience vécue, quelle connaissance du terrain ou quel point de vue fait défaut ?
  • Quel type de leadership nous faudra-t-il dans les 2 à 3 prochaines années — pas seulement aujourd’hui ?

Cet exercice a deux effets puissants :

  1. Il rend le recrutement plus ciblé et réaliste.
  2. Il permet de parler de manière claire et honnête aux candidat·e·s au conseil sur la façon dont ils peuvent contribuer de manière significative.

Les gens sont beaucoup plus enclins à accepter lorsqu’ils comprennent pourquoi ils sont nécessaire·s.

Façons pratiques pour améliorer le recrutement des conseils

Il n’existe pas de solution miracle, mais certaines pratiques augmentent vos chances :

  1. Soyez honnête sur le rôle
    Sur-vendre (« seulement 2 heures par mois ! ») mène à l’épuisement et au désengagement. La clarté inspire la confiance.
  2. Reconsidérez les attentes en termes de temps
    Le travail des comités peut-il être simplifié ? Les réunions peuvent-elles être plus courtes, moins nombreuses ou hybrides ? La flexibilité n’est plus optionnelle.
  3. Investissez dans l’intégration et le soutien
    Les nouveaux·elles membres ont besoin de contexte, de mentorat et de confiance — pas seulement d’un classeur et d’un vote.
  4. Recrutez par relations, pas seulement par annonces
    Les invitations personnelles comptent encore. Les membres du conseil doivent mobiliser activement leurs réseaux.
  5. Présentez le service au conseil comme du leadership, pas de la charité
    La gouvernance est un travail spécialisé. Traitez-le ainsi.
  6. Créez des points d’entrée significatifs et limités dans le temps
    Des rôles consultatifs, des groupes de travail ou des mandats d’un an peuvent réduire la barrière à l’entrée, surtout pour les nouveau·elle·s membres.

Pourquoi le service en conseil est encore important (surtout maintenant)

Malgré les défis, siéger à un conseil demeure l’une des façons les plus puissantes de contribuer et de se développer.

Pour les jeunes professionnel·le·s :

  • Développer des compétences en gouvernance, finances et stratégie rarement enseignées sur le lieu de travail
  • Élargir son réseau professionnel à travers différents secteurs
  • Acquérir de l’expérience en leadership plus tôt que ce que permettent de nombreux emplois

Pour les professionnel·le·s expérimenté·e·s :

  • Partager une expertise durement acquise là où elle a un vrai impact
  • Rester connecté·e·s aux réalités communautaires
  • Mentorer la prochaine génération de leader·e·s

Pour tou·te·s :

  • Un sens plus profond de la mission
  • Une connexion renforcée avec la communauté
  • La satisfaction discrète mais profonde d’aider quelque chose d’important à survivre et prospérer

Servir au conseil ne construit pas seulement des organismes. Cela construit des personnes.

Un chemin porteur d’espoir

Oui, recruter des membres de conseils est plus difficile qu’avant. Mais ce moment nous invite aussi à repenser comment nous gouvernons, comment nous valorisons le leadership bénévole, et comment nous soutenons celles et ceux qui s’impliquent.

Lorsque les conseils sont clair·e·s sur leurs besoins, respectueux·ses du temps des gens et intentionnel·le·s sur l’inclusion et le soutien, les gens disent oui.
Pas parce que c’est facile.
Mais parce que cela compte encore.
Et parce qu’au fond, beaucoup d’entre nous cherchent toujours des façons significatives de redonner à nos communautés, aux autres et à quelque chose de plus grand que nous-mêmes.

Si vous en faites partie, croyez-moi : le bon conseil est aussi à votre recherche.

 

Avec plus de 25 ans d’expérience dans le soutien aux organismes à but non lucratif locaux, nationaux et internationaux en communications stratégiques, collecte de fonds et gouvernance, Kim comprend profondément à la fois le cœur et le travail acharné du leadership efficace.

La passion de Kim pour le service communautaire dépasse largement sa vie professionnelle. Iel siège sur plusieurs conseils, y compris en tant que présidente de Geordie Theatre, et contribue actuellement à des organismes tels que AFP Canada et la Canadian Addison Society, tout en siégeant au Conseil des gouverneurs de l’Université Concordia.

Elle a été reconnue par la Médaille du Souverain pour les bénévoles du Gouverneur général du Canada pour son leadership civique et son plaidoyer de longue date.