Les entreprises découvrent le vocabulaire des « mouvements sociaux ». Faut-il s’en inquiéter?

Remerciements à Leandro Herrero pour nous avoir permis de publier cet article.

Un mouvement social n’est pas un groupe de personnes, voire des centaines ou des milliers d’individus qui se rassemblent. Un mouvement social a besoin d’un but. Les gens y adhèrent et réalisent des choses ensemble. Soit le but est atteint, soit les personnes se fatiguent, la première éventualité déterminant la fin du mouvement. Les mouvements sociaux ont leur propre cycle de vie. Certains atteignent leur but, d’autres pas.

Les entreprises et les organisations ont découvert ce nouveau vocabulaire et sont prêtes à se l’approprier. Mais certaines conceptions erronées pourraient tuer l’idée dans l’œuf.

Je suis un observateur attentif des mouvements sociaux depuis longtemps. Avec les chapeaux que je porte en sciences comportementales et en consultation, mon intérêt se trouve dans la mobilisation tous azimuts. De ce temps-là, personne ne manque d’idées. Il y a cependant un secteur du comportement social et de la mobilisation où le concept de mouvements sociaux a été historiquement absent : l’entreprise. Même si l’entreprise est de taille importante, personne n’a jamais vu la gestion et la mobilisation de son personnel comme un mouvement social. Jusqu’à aujourd’hui.

Cela change lentement. Dans mes activités de consultation, je vois les choses sous cet angle et j’aborde les défis de mes clients avec ces lunettes. Si vous voulez responsabiliser, développer l’expérience client ou, disons, l’agilité, vous n’obtenez rien de plus qu’un mouvement social interne qui améliore la responsabilité, l’expérience client ou l’agilité. Il ne s’agit pas de changement de paradigme dans la gestion. Mais quand nous portons ces lunettes, toute la logique du mouvement social, les choses qui fonctionnent ou pas sont présentes à notre esprit. Et nous les utilisons.

Il y a quelques précautions préalables à prendre. Nous devons distinguer entre un vrai mouvement social et les foules qui font du bruit social. Un mouvement social a besoin d’une plateforme de mobilisation. Une plateforme qui appuie le mouvement à long terme, pas uniquement une plateforme qui facilite les interactions entre des personnes durant de grands événements. Les grands événements qui créent une grande motivation ou un fort degré d’engagement ne sont pas des mouvements sociaux en soi, peu importe leur envergure. À moins que ceux-ci ne soient liés à des activités continues et subséquentes dans les semaines ou les mois qui suivent.

J’ai déjà souligné ailleurs qu’il manque un mot dans la célèbre citation de Margaret Mead : « Ne doutez jamais qu’un petit groupe de citoyens éclairés et engagés puissent changer le monde. C’est toujours ainsi qu’il a changé. » Le mot manquant est « organisé », comme dans citoyens organisés.

Il s’écrit beaucoup de choses actuellement sur les « mouvements sociaux » utilisés pour résoudre bon nombre de problèmes organisationnels. Ces modes d’emploi viennent habituellement avec l’avertissement suivant : le changement sera désordonné, chaotique et non gérable. Apparemment, il en ressortira du bon.

Je ne pourrais pas être plus en désaccord. Le mouvement social a besoin d’une plateforme de mobilisation. Il ne sera pas désordonné, il sera organisé et devra être encadré. Il existe des craintes dans certains milieux que ces trois dernières caractéristiques contredisent l’idée même d’un mouvement social. Pourtant, la seule chose que contredisent ceux-ci est l’improvisation et l’échec.

La nature chaotique du mouvement social est habituellement « expliquée » par des exemples historiques tels que les mouvements pour les droits de la personne. Mais Martin Luther King n’avait pas de compte Twitter. Par ceci, je ne suggère pas que le nouvel élément clé soit les médias sociaux. Mon point est que nous avons aujourd’hui des outils pour qu’un mouvement social soit mis en œuvre plus rapidement et plus efficacement, tout en laissant la liberté aux personnes de s’organiser et de s’unir pour une cause de la façon qu’ils le veulent. C’est la plateforme qui fait une différence. Et cela fonctionne de la même façon dans la société que dans les organisations, comme nous le faisons avec nos clients grâce à la plateforme Viral Change™.

Il n’y a pas de mouvement social tant que les comportements ne changent pas. Jusque-là ça reste qu’une manifestation, un nouveau buzz dans les médias sociaux, des foules dans les rues, un groupe de protestation, une campagne média, une série de grands événements qui conscientisent les gens ou des points de presse dans un Sheraton ou un Holiday Inn. Tout ça. Mais ce n’est pas un mouvement social. Dans un mouvement social, les comportements changent. Nous ne faisons pas que nous rassembler et chanter.

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